La présence dans un groupe extra familial se produit très tôt dans la vie d’un enfant : à partir de 2 mois environ, il intégre un mode de garde collectif (la crèche par exemple) ; à partir de 2 ans et demi ou trois ans et pour une longue période, il intègre l’école en devenant élève d’une classe. Il participera peut-être aussi au cours de sa scolarité, à des groupes péri-scolaires (sportifs, culturels, etc.) et à l’adolescence à un groupe de pairs, dit « groupe spontané ».

Que peut donc apporter, en plus, la participation de l’enfant / adolescent(e) à un groupe dans le cadre du scoutisme ?

L’enfant / l’adolescent(e) y trouve des fonctionnements de groupe « structurellement différents » des fonctionnements scolaires ou extra-colaires qui sont de type vertical et dans lesquels sont privilégiés les relations opposées (l’enseignant sait, l’élève ne sait pas, etc.) . Il est assez intéressant de percevoir le scoutisme comme complémentaire de l’école ou des activités péri-scolaires. L’enfant / l’adolescent y vit des expériences de groupe de type horizontales dans lesquelles chacun est porteur d’un « savoir » (connaissances, expériences, savoir-faire, créativité, etc…) reconnu par les autres et utile au groupe. Chacun a des compétences qu’il met au service du groupe.
L’enfant / l’adolescent(e) apprend à travailler avec d’autres. C’est une expérience de travail en équipe. La valeur accordée à chacun, la possibilité pour chacun, d’exercer « des rôles » efficaces et appréciés par la collectivité, participera au développement de l’estime de soi de l’enfant / adolescent(e). Cette compétence psychosociale est absolument nécessaire pour s’adapter aux situations dans laquelle, il ou elle prend le risque de se tromper ou de ne pas réussir.

L’enfant / l’adolescent(e) participera plus volontiers à un groupe dans lequel il a une place à part entière, où il est un acteur de ce qui se déroule et un interlocuteur pour les autres. Il pourra ainsi se sentir membre de ce groupe, « affilié » à ce groupe et construire une identité sociale d’appartenance. Il adhèrera à la culture de ce groupe et déplacera dans sa vie quotidienne les compétences, connaissances, savoir- être et savoir-faire propres à ce groupe. La construction d’une identité sociale à travers l’adhésion à un groupe et à ses modes de fonctionnements est plus que nécessaire dans une société où, l’identité de consommateur constitue pour certains individus (jeunes ou moins jeunes) la seule facette de leur identité sociale.

Enfin, le scoutisme permet à l’enfant / adolescent(e) d’expérimenter dans sa vie quotidienne un cadre défini par d’autres. Il accepte ce cadre par contrat et s’engage « de son plein gré » à le mettre en œuvre. Contrairement à l’école qui impose le cadre, le scoutisme aide l’enfant à faire le choix du cadre proposé par le groupe plutôt que le choix de son désir individuel. La constitution d’un cadre collectif intériorisé représente une véritable nécessité au cours de l’enfance / adolescence. L’enfant / adolescent(e) a en effet besoin de découvrir que tous les actes ne sont pas équivalents parce qu’ils ont des conséquences différentes. Il a besoin de se positionner avec justesse à l’égard des règles et des lois : ni trop près (car alors il obéirait aux lois sans réfléchir), ni trop loin (il n’obéirait à aucune loi sociale mais seulement à ses désirs). Grâce à ce cadre volontairement accepté, les membres du groupe vivent paisiblement les uns à côté des autres. Le groupe peut alors s’engager dans des projets, dans des activités, sans être dans l’incertitude de ce qui peut se passer entre les personnes présentes.

Edith Tartar Goddet
Psychologue clinicienne – psychosociologue
Présidente de la Fédération Protestante de l’Enseignement (FPE)

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Source : Livre d’Edtih Tartar Goddet intitulé “Développer les compétences sociales des adolescents par des ateliers de parole”.