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A l’occasion de la Journée de la femme, nous avons rencontré Laure Salamon, présidente de la Commission Mixité des EEUdf. Retour sur un parcours d’éclaireuse engagée, portée par la défense de l’égalité entre les sexes au sein du mouvement.


Racontes-nous ton parcours. Pourquoi t’être investie dans le Scoutisme Unioniste ?

J’ai commencé à l’âge de 7 ans, à Vélizy dans les Yvelines. J’ai été louvette pendant 4 ans, puis éclaireuse 3 ans, et aînée 2 ans, avant de devenir responsable dans les différentes branches. Plus tard, j’ai été équipière pour la Région Val de Seine puis je suis entrée à la Commission Internationale en 2003. J’ai quitté cette commission pour créer la commission mixité en 2010.

J’ai adhéré et me suis investie dans le Scoutisme parce que cette activité différente et complémentaire de l’école m’apportait beaucoup, j’avais l’impression d’apprendre plein de choses, j’aimais bien camper dans la nature, et, quand on vit en ville, c’est plutôt chouette.

Et puis très tôt, je me suis sentie concernée par la question de l’égalité fille-garçon. A l’école, les filles et les garçons n’étaient pas traités pareils, je ne pouvais pas vraiment jouer au foot par exemple parce que « c’était le sport des garçons »! Alors que chez les louveteaux, les enfants participent à toutes les activités sans discrimination. Quand je suis devenue sizenière* , j’étais contente de prendre des responsabilités.

J’ai continué aussi parce que j’y avais une bande de copains avec laquelle j’ai grandi et que je continue de côtoyer.

Penses-tu qu’être une fille modifie l’expérience vécue du scoutisme ?

Je ne pense pas. Je crois surtout que l’expérience vécue est ressentie d’une manière différente selon les individus mais qu’elle n’est pas liée au sexe. On fait les mêmes activités, qu’on soit une fille ou un garçon.


Quels rapports existaient-ils entre les garçons et les filles lorsque tu étais louvette, éclaireuse puis aînée ? Ces rapports ont-ils évolué avec le temps ?

Il n’y a pas eu de problème, que ce soit en tant que louvette où en tant qu’aînée. Par contre, mon expérience en tant qu’éclaireuse a été un peu plus compliquée. J’avais 12 ans, et pour la première fois, une équipe de filles était créée au sein d’une troupe exclusivement masculine.

C’était très compliqué au début parce qu’on ne savait pas faire grand-chose, il a donc fallu un peu de temps pour arriver au même niveau. Mais une fois que les filles ont appris le froissartage etc, elles étaient capables comme les garçons de construire des tentes surélevées ou d’avoir des coins d’équipes de grande qualité.

Le projet éducatif des EEUdF souligne le fait que l’on éduque les garçons et les filles de manière égalitaire. Toutes les activités proposées par les responsables sont réalisables, quel que soit le sexe des enfants. Il n’y a aucune discrimination.

Donc selon toi, le Scoutisme instaure une égalité fille-garçon ?

Oui, je pense. Le projet éducatif du mouvement est axé sur la prise de responsabilité de chacun. Filles ou garçons peuvent devenir chefs d’équipe, manager une équipe d’enfants mais aussi de responsables, d’adultes. Ce sont des choses qui ne sont pas forcément possible dans le monde de l’entreprise, une femme aura toujours plus de difficultés à accéder à des postes de managers, les statistiques le disent.

L’égalité Fille-garçon au sein du mouvement semble quant à elle plutôt ancrée. J’ai pu m’en rendre compte lors de la diffusion d’un questionnaire remis aux responsables par la Commission Mixité.
Beaucoup avouent respecter cette égalité fille-garçon, mais le plus souvent de manière inconsciente. Mais cela ne veut pas dire que la question du sexisme et des stéréotypes véhiculés ne doit pas être évoquée.

D’ailleurs, parfois on prend conscience que l’on véhicule des stéréotypes sur le sexe inconsciemment. Cela m’est arrivé sur un camp où l’on s’est rendu compte que les responsables hommes animaient tout le temps le Foot et les responsables femmes s’occupaient de la cuisine. Ce qui fait que les filles, qui souvent avaient plus d’affinités avec les femmes, faisaient la cuisine et les garçons, plus proches des hommes, jouaient au foot.

On s’est alors demandé si nous, responsables, ne véhiculions pas des stéréotypes.
On a alors organisé une « roue des services », une rotation dans les activités, pour obliger d’une part les animateurs à tourner, mais surtout pour permettre aux enfants de ne pas s’enfermer dans les mêmes activités.

Un dernier mot pour finir …

Je voudrais conclure en disant que même si les femmes ont acquis un certain nombre de droit, chacun d’entre nous véhiculent de manière plus ou moins consciente, plus ou moins prononcée, des stéréotypes sexuels.

Chaque individu se construit grâce à sa famille, ses amis, ses expériences (en tant que scout par exemple), mais aussi grâce à l’école et ses apprentissages.
C’est une construction beaucoup plus large que ce que l’on pense, et l’influence que les responsables de notre association peuvent avoir sur les enfants et les adolescents n’est pas négligeable.

Il est donc important de questionner nos pratiques et nos activités.