Nous revenons avec le témoignages d’Héloise, militante au front de gauche

J’ai grandi dans une famille de scouts protestants, pas de militants. À la maison on racontait des veillées et des grands jeux, pas des grèves et des manifs. Pourtant, alors que j’ai choisi de faire du scoutisme, car on m’a demandé mon avis, être résolument de gauche, ça s’est imposé comme une évidence. Même si tous mes engagements sont réfléchis.

J’avais 7 ans en 1989, à la chute du mur. La télévision, les discussions dans la cour… mon premier souvenir politique. 1990, la première guerre en Irak, la mère d’Alexandre, mon voisin et ami, était contre, c’était la seule mais ça avait l’air plutôt chouette. Et l’été 1991, la fin de l’URSS. Ces moments sont gravés dans ma mémoire pour toujours, comme l’apparition d’une conscience aigüe que le monde bougeait autour de moi et que c’était pas toujours joli joli pour les gens normaux. Entre temps, pendant un voyage en Espagne, mon père raconte la guerre civile et je veux comprendre ce que c’est que le front populaire, les anarchistes, tout ça… « Il y a des gens qui pensent que si quelques-uns ne peuvent pas avoir de voiture, alors tout le monde roule à vélo »… L’idée m’a bien bottée.

Je suis convaincue que l’accumulation de richesse sans limite est contraire au vivre ensemble. Je pense aussi que les plus faibles peuvent mettre leur force en commun pour faire changer les choses. Alors vers 2000, au moment où je commençais à être responsable de louveteaux, je me suis engagée dans le mouvement altermondialiste, puis dans les mouvements étudiants, et il y a eu plein d’autres mouvements avant la campagne du Front de gauche. fdg Vous l’aurez compris, ce ne serait pas juste de vous raconter que mon engagement à gauche a des liens avec le scoutisme. Même si le partage, la fraternité, l’éducation vers l’émancipation sont des valeurs que je retrouve.

	Un mot pourtant : Mouvement... de jeunesse, du christianisme social, altermondialiste, mouvements des femmes, étudiants, sociaux... Le mot mouvement, voilà qui réunit mes engagements depuis une quinzaine d’années. Aux EEUDF comme dans tous les collectifs, partis, syndicats où j’ai milité, j’ai été en action pour faire bouger le monde. Debout à 7H00 du matin le dimanche pour une sortie en forêt ou pour tracter sur un marcher... Même plaisir !

J’aime la force du collectif en action. Avec lui j’ai échangé, réfléchi, je me suis formé, j’ai transmis. Ce sont deux expériences perpétuellement fondatrices pour moi, même si je ne fais presque plus de scoutisme alors que vous n’êtes pas prêt de me voir arrêter de militer.

J’appartiens à ces deux mondes où l’on pense, différemment, qu’un autre monde est possible. Celui où l’on chante des cantiques et des chants de veillée. Et celui où on lève le poing et crie des slogans. Celui où l’on bâtit des projets éducatifs et forme des jeunes. Et celui où l’on construit des revendications de transformation sociale et où on lutte. J’appartiens à ces deux mondes où l’on crée, rit et se fait des camarades, des amis, des frères.

Dans notre pays il doit y avoir à peu près le même pourcentage infime de scouts que de militants du mouvement social, et les uns ne se retrouvent pas chez les autres. Je porte sur mon blouson, bien à côté l’un de l’autre, le badge du Front de gauche et celui des 100 ans du guidisme. J’appartiens à ces deux mondes et… j’en suis fière !

Vous pouvez aussi nous faire parvenir vos témoignages a temoignages.eeudf@gmail.com pour parler l’engagement au service de la société