Aujourd’hui, c’est Frederic qui nous parle de son engagement multi-casquete en politique, en Eglise et dans le scoutisme

Mes différents engagements comme conseiller presbytéral d’une paroisse protestante réformée, comme militant d’un parti politique et comme membre des EEUdF à de multiples fonctions (enfant, responsable, formateur, équipier régional, membre de commission, conseiller de groupe local) m’ont permis d’identifier différentes logiques à l’œuvre. Je m’attarderai effectivement sur ces notions de logique car je considère qu’aucune action humaine n’est commise sans intention, sans insertion dans le cadre conceptuel (l’habitus dirait le sociologue Pierre Bourdieu) de l’auteur de l’action. vie_spirituelle_EEUdF_article2

La logique évangélique : Ma perception du message biblique est que l’annonce de la grâce de Dieu est donnée en abondance aux hommes, continuellement pêcheurs mais aussi sans cesse relevés par Jésus-Christ. Jésus-Christ nous pardonne et nous aime malgré nos défauts et nos erreurs, malgré notre condition humaine en quelque sorte. Cet amour donné sans retenue, abondamment, nous permet à notre tour de pardonner et d’aimer notre prochain. Cette grâce n’est pas un commerce où l’on donne pour recevoir. « Vous avez appris qu’il a été dit : Oeil pour oeil, dent pour dent. Eh bien moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre » (Matthieu 5, versets 38 & 39). Une proposition déroutante, difficile à vivre tous les jours dans sa radicalité : « Scandale pour les juifs et folie pour les païens » comme le notait l’apôtre Paul (1 Corinthiens 1, verset 23) mais qui nous permet finalement d’aimer notre prochain. A la question d’un pharisien à Jésus pour savoir quel est le plus grand commandement, Jésus répondit : «  Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée. C’est le premier et le plus grand commandement. Et voici le second qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi même. » (Matthieu 22, versets 37 à 39). Le message biblique est donc subversif comme le notait le théologien Jacques Ellul puisqu’il ne s’apparente pas au commerce des bons sentiments, des cadeaux donnés et reçus en retour tel que nous l’enseigne la morale de notre société. Ce que je retiens du message du Christ est d’abord un élan, une gratuité, une espérance. Une espérance contagieuse même : c’est le témoignage chrétien.

La logique politique Mon engagement politique m’a permis de percevoir que la logique politique est d’abord celle du rapport de forces. Pas forcément un rapport de force destiné à écraser les autres (ce qui constitue alors une déviance de la politique, une conquête du pouvoir pour la jouissance du pouvoir) mais permettant de construire une majorité se reconnaissant dans un projet (la conquête du pouvoir a pour objectif la mise en œuvre d’un projet). Le peuple mandatera alors cette majorité pour gouverner. La politique est un lieu particulier puisque c’est le lieu d’articulation des priorités : quelles redistributions, quelles règles de vie communes, quels investissements collectifs, quelles anticipations pour permettre demain une vie collective harmonieuse ? Une fois élue, la majorité a la légitimité de mettre en place son programme, de contraindre chacun par le biais de lois et de règlements dans le cadre que le peuple aura accepté, dans le cadre de la constitution. De ce fait, l’Etat dispose alors du monopole de la violence légitime pour s’assurer que chacun applique la loi, que personne - y compris les puissants - n’y échappe. electeurMa perception du vingtième siècle fut que le phénomène marquant ne fut ni le nazisme, ni le communisme (des totalitarismes avaient déjà existé auparavant) mais l’irruption de la technique qui a permis de décupler les actions et donc les horreurs de ces régimes. Une technique qui a permis la libération de l’homme de taches physiquement dures mais qui a sa propre logique d’auto-alimentation induisant des effets secondaires dépassant l’intention première de ceux ayant initiés ces techniques. Les techniques industrielles au 20ème siècle ont certes permis la facilité des transports mais aussi engendrées la pollution et le changement climatique. Ces techniques sont également devenues financières pour financer des entreprises mais aussi souvent spéculer. Quelques entrepreneurs indélicats cherchent parfois à privatiser les bénéfices de leur entreprise les années fastes puis à nationaliser les pertes lors des années de crise. C’est-à-dire, comme l’a montré Marx, à s’accaparer la richesse et laisser la collectivité payer les dégâts sociaux. La même dérive s’observe sur le principe pollueur – payeur quasiment jamais appliqué intégralement : une entreprise pollue mais laisse le soin à la collectivité de payer la dégradation de l’environnement qu’elle induit. L’agriculture conventionnelle est subventionnée par rapport à l’agriculture biologique puisque c’est la collectivité qui finance très majoritairement les stations de traitement des eaux destinées à dépolluer les eaux des nitrates et autres polluants de l’agriculture conventionnelle. De même, malgré les multiples taxes sur l’essence, celles ci sont loin de couvrir les coûts supportés par la collectivité pour le transport routier (coût des encombrements, des accidents de la route, des infrastructures, du traitement des maladies respiratoires, du réchauffement climatique). Nous privatisons les bénéfices (je roule avec ma voiture) et nous faisons payer à la collectivité et aux générations futures son vrai coût (le réchauffement climatique). Ces incitations fiscales à polluer sont encore très nombreuses et bien que scandaleuses, très peu combattues, excepté par les écologistes. L’objectif de notre société devrait pourtant être d’édicter des règles permettant une concurrence loyale entre entreprises en faisant effectivement supporter les coûts des pollutions par leurs auteurs pour ne pas dissuader les entreprises se souciant de l’environnement. Pour éviter une prédation des ressources et une dégradation de l’environnement déjà à l’œuvre. A nous citoyen de nous organiser pour que la cupidité de quelques uns ne provoque pas le naufrage de tous. L’élément cardinal du 21ème siècle sera les conséquences de la dégradation de l’environnement et l’épuisement des ressources. Aussi, le combat écologique est la priorité, ma priorité. C’est aussi un combat social car ce sont les pauvres, ayant moins de facilité financière pour s’adapter, qui en paieront le prix le plus fort. Le réchauffement climatique se fait déjà sentir : il a induit une augmentation du prix des céréales l’année dernière et par voie de conséquences des révoltes populaires dans des pays arabes ayant engendré le printemps arabe. Je soutiens la candidature d’Eva Joly à la présidentielle car elle incarne ce combat nécessaire pour le courage et contre le gaspillage, pour la justice et contre les paradis fiscaux, pour une meilleur qualité de vie et contre la propagande télévisuelle. Nous n’arriverons pas à lutter contre la dégradation de l’environnement sans une lutte contre les paradis fiscaux, sans l’imposition de règles à respecter par tous.

eeudf La logique scoute Et la logique scoute tout cela ? C’est l’apprentissage de la vie, de la vie en collectivité. S’engager comme responsable c’est expérimenter qu’un idéal (la Loi scoute) est nécessaire pour permettre aux jeunes de se construire mais qu’il faut aussi des règles de vie. C’est expérimenter que l’espérance de l’Evangile peut être vécu mais qu’un camp a aussi besoin d’un budget et d’une comptabilité. S’engager comme responsable, c’est prendre le risque de l’action sans se résigner dans le « yaqua, faucon » pour construire un monde meilleur. L’exemple du chef scout est nécessaire pour ses louveteaux et ses éclaireurs mais il ne suffit pas : il y a aussi besoin de règles. S’engager dans le scoutisme, c’est donc chercher à tenir toutes ces contraintes en même temps. Au service d’un idéal et d’une espérance et non pour engraisser un actionnaire. Au contraire du jeune cadre dynamique d’une entreprise qui s’investirai à fond sans se poser de questions (« il s’exténue et s’anémie pour assurer la prospérité d’un parasite ou d’un tyran » selon le mot de Cioran), être responsable c’est offrir sa générosité et son pragmatisme pour apprendre aux jeunes à construire un monde meilleur. L’apprentissage de la vie dans ce qu’elle a de plus beau et de plus exigeante.

Frédéric Faverjon

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