Je l'ai rencontré par des amis communs quand il était en terminale et que j'entrais à la fac. Je ne sais plus si on s'est tout de suite appréciés. En revanche, je sais que très vite, c'est devenu un ami. Il était toujours souriant, attentif, à l'aise. Et c'est bien pour cela que je n'ai pas longtemps hésité avant de lui proposer de valider son pratique BAFA sur un camp. Il ne connaissait rien aux scouts. Peut-être aurait-il pu avoir des préjugés. Quoi qu'il en soit, il a dit oui sans hésitation.

Ce camp 2010 est peut-être un des meilleurs que j'ai vécus au cours de ma vie de responsable. Il était investi, dynamique, jovial, à sa place au sein de l'équipe comme face aux enfants. C'était un excellent animateur. Et même s'il nous est arrivé d'être en désaccord, de nous disputer parfois, on s'entendait bien et les louveteaux l'adoraient.

De ses nombreuses et drôles maladresses, une a fini dans notre cri de table. Et les autres font partie de celles que l'on raconte en riant aux responsables qu’on rencontre lorsque le temps de partager nos souvenirs est venu.

Ce sont tous ces instants de bonheur que j'ai retenus de lui. On a parfois repris contact, il aurait poursuivi à l'année et sur le camp suivant si son emploi du temps le lui avait permis. Mais on a fini par se perdre de vue, par n'avoir de l'autre que quelques échos. Alors apprendre de but en blanc que quelqu'un comme lui a mis fin à ses jours est d'une rare violence. Antoine, c'était la bonne humeur et la complicité. C'était les souvenirs qu'il m'avait laissés et qu'il me laissera. Antoine, c'est la preuve que les responsables avec lesquels on campe nous marquent au fer rouge et que ce qu'on vit ensemble en camp est d'une rare force.

Antoine, c'est la terrible réalité qui nous dit que ce genre d'incidents ne peut pas toujours être évité. Mais Antoine, c'est aussi pour moi un appel alarmant : qu'il ne faut jamais qu'on arrête de prendre soin les uns des autres. Jamais on n'a pu l'oublier et jamais on ne l'oubliera.

Qu'il repose en paix.

Lucie